Archives années 2015 et antérieures

Vous trouverez ici les reportages des différents événements culturels du Centre d’Art qui se sont déroulés à La Salvetat-sur-Agoût, au cours des années 2015 et antérieures.

Métamorphoses en noirs et blancs

Le rendez-vous de Myriam Piccinali avec les origines du monde

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 La très ouverte et accueillante salle d’exposition du Centre d’Art salvetois vient d’héberger, le temps des fêtes de fin d’année 2015, une présentation d’œuvres originales sur papier de Myriam Piccinali. Toutes en nuances de noirs et de blancs.

Le quasi-inconnu pour des aficionados. Jusqu’alors animées par des couleurs vives et chaleureuses, les toiles de Myriam Piccinali ont, effectivement, davantage habitué à porter un chapeau de paille sous le soleil provençal plutôt qu’à frissonner aux portes de l’Arctique, comme cela vient d’être étonnamment le cas en un pseudo-hiver au nom à encore inventer.

En fait, Myriam Piccinali paraît se complaire à jouer du scalpel avec un esprit vif et prospectif pour disséquer chaque fragment de vie. Ouvrir le ventre de nos origines. Là où se digèrent, dans un impressionnant fatras organique, et parmi tant d’autres ingrédients, art pariétal et vision cosmique, Antiquité et entomologie… Insatiable Myriam Piccinali pour qui l’existence emprunte aux sept vies d’un félin.

Tête-à-tête avec la vitalité

Suivons-la : « Si l’on revient à l’origine de ma démarche de création, on remonte à l’adolescence. Je me souviens comme si c’était hier d’un film rangé depuis au rang des vieilleries, « Sindbad le Marin »*, qui m’a fait comprendre que le plus important dans la vie, c’est l’émerveillement. Et puis, cette phrase d’André Gide, fondatrice pour moi, extraite des « Nourritures Terrestres »** : « … Ce que j’ai connu de plus merveilleux au monde, Nathanaël, c’est ma faim. »

« Ce que j’ai aimé, depuis le début, c’est une recherche de la vitalité. Sans que ce soit de la boulimie. Une recherche d’harmonie qui peut être composée de plusieurs facettes. Ma véritable recherche, c’est la pensée des origines. Comment l’humain a pensé son imaginaire, comment il s’est positionné par rapport au monde qui l’entoure, par rapport à l’Univers. Pour satisfaire mon besoin de comprendre l’humain, je suis remontée à l’origine de la pensée antique de laquelle je suis admirative et dans laquelle, depuis, je me ressource en permanence.

« L’une de mes premières expositions a été consacrée à l’art paléolithique, pour laquelle j’ai visité les grottes de Lascaux et d’autres, pris des croquis, fait des photos, etc… Quand j’ai débuté une démarche picturale, j’ai d’abord cherché à me former auprès de maîtres graveurs. Le travail au burin avec Pierre Reynald, graveur aux Armées à Tarbes , l’eau-forte avec Albert Lemant***, créateur de beaucoup d’images fantastiques. Un contact, une familiarisation avec la matière.

Désir de noir

« Deuxième approche qui pourrait témoigner de l’exposition actuelle, c’est une approche de la couleur noire. J’ai besoin du noir, d’exprimer du noir et du blanc. Certainement un besoin latent puisque j’ai toujours mis du noir dans mes tableaux. En travaillant avec Marc Granier****, éditeur de mon recueil de poèmes « Demodocos »*****, j’ai vu un noir qui est un noir de l’encre et, là, je me suis dit : « Il me faut ce noir ! … Il faut que je travaille dans l’esprit de la calligraphie…  » Sans avoir fait de la calligraphie, je le sentais comme ça : qu’on retrouve dans le trait la courbure du pinceau sur la toile.

« Pour les sujets présentés, c’est beaucoup plus subtil. Les origines ressortent. Comme j’ai travaillé sur l’animalité, sur les rapports de l’homme avec l’animal (grotte de Lascaux) ainsi que sur les insectes subaquatiques, notamment en transformation, cela inscrit ma démarche dans une recherche permanente de compréhension de l’Univers. Et j’ai trouvé merveilleux d’interpréter la métamorphose. »

Devant une œuvre : « Là, c’est un cocon. C’est quelque chose qui va se transformer… Je ne l’ai pas voulu comme ça, c’est venu tout seul… « . Plus globalement : « Toutes les formes présentées ici sont liées aux divers phénomènes provoqués par la Création. On voit des semences, des graines, des feuilles qui évoluent, des cocons qui muent. Des phases de la Génèse, en quelque sorte… »

Peut-être, une simple phase. La plus patiente et la plus subtile à la fois : celle de l’attente. L’attente d’une éclosion finale. L’attente d’un aboutissement. Mais, sept vies, c’est encore long à porter…

Texte et photos JMH

* Un des contes des Mille et une Nuits. Composé de sept récits qui sont autant de voyages, il rappelle que le monde, notre monde, est merveilleusement prodigue de richesses et nous révèle que celles-ci sont à la portée de tous à condition d’acquérir la sagesse pour les découvrir.

** 1897. Sur le désir des sens.

*** Graveur élève de l’atelier Leblanc (Paris), installé en Midi-Pyrénées. Site Internet : http://www.albert-lemant.com/

**** Peintre-graveur et éditeur à Roquedur (Gard). Site Internet : http://www.peintre-graveur.fr/

***** « DEMODOCOS », Éditions des Monteils. Lire ici : https://lasalvetatsuragout.fr/culture/poesie-sauvage/

 Août 2015 : 2ème Festival de Poésie sauvage

La petite-fille de Jules Hérail

porte haut l’enseigne de la pâtisserie familiale

L’attachement d’Annie Girard à « son » village constitue, à la fois, quelque chose d’émouvant et de rassérénant. Émouvant parce que la fibre familiale résonne profondément en elle, rassérénant car tout paraît possible quand une telle femme s’inscrit dans l’action. Un long passé salvetois en est la matrice. Nous l’avons rencontrée à l’occasion de l’exposition «  Livres et Délices du Temps passé » qu’elle vient d’organiser, du 16 au 31 juillet 2015, au Centre d’Art.

Quand Annie Girard se confie, il faut être très attentif car son débit de parole ne le cède en rien à une puissance de mémoire sans faille. On écoute, on note comme on peut : « Mes origines salvetoises remontent bien avant le XIX° Siècle. Ce dont je suis certaine, c’est que mon arrière-grand’mère, Céleste, a vendu des terres familiales situées sur le territoire de Condax quand, très jeune elle fut veuve. Pour survivre, elle ouvrit une mercerie dans la rue Basse du village (aujourd’hui rue du Portail) qui comptait alors jusqu’à 75 habitants, avec tous commerces, épicerie, boulangerie, mercerie, cordonnerie, etc, etc…

«  Marie Milette tenait alors la boulangerie voisine de la mercerie et employait un apprenti, Jules Hérail. Devinez ce qu’il se passa !… La fille unique de Céleste, Marinou, épousa Jules ! Et, en 1920, Jules Herail ouvrit la première pâtisserie de La Salvetat-sur-Agoût. Son professionnalisme devint vite réputé. Les Anciens encore parmi nous se souviennent de leurs gâteaux préférés : Le Sympathique, le Chou à la crème, le Cornet à la crème, la Madeleine, la Tarte aux groseilles… » À cette évocation, le regard d’Annie Girard se teinte d’émotion. Ses narines frémissent , la nostalgie colore sa voix : « J’en ai encore le parfum en bouche… »

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Devant la célèbre photo d'une famille réunie autour de Jules Hérail

Jules Hérail est parti en 1952. La pâtisserie a été mise en gérance et, plus tard, un autre remarquable pâtissier a pris la relève : « C’était Monsieur Abbal, qui s’en est allé, lui aussi, l’an passé. Depuis Xavier Flipo assure la continuité du métier avec les compétences et le succès qu’on lui connaît. Il a su élargir et diversifier des productions dont la renommée enfle d’année en année. »

Pâtissière Annie Girard ? Pas du tout : « Je ne sais pas faire de pâtisserie… » confie-t-elle dans un murmure. Évitons de chercher sous un moule ou un rouleau ce qui n’existe pas en termes culinaires et portons notre regard vers une autre destinée, vers le village également : « Ma mère, mon frère et moi, avons pris, comme l’on dit, « l’ascenseur social » car Jules a nourri des ambitions pour nous. Interne à Montpellier, ma mère a passé son bac en 1936. Mon frère est devenu président d’un tribunal administratif et moi documentaliste. Par la force des choses, nous nous sommes éloignés du village. Le temps passant, j’ai ressenti la puissance d’un lien, d’une filiation m’attirant vers La Salvetat-sur-Agoût. Une sorte d’attachement irrationnel aux paysages, à la communauté villageoise, allez savoir… »

Effet de la mémoire : Une exposition

« Voici trois ans, nous avons créé, des habitants du Quartier Haut et moi, une amicale ayant pour vocation de valoriser le haut du vieux village. Après une exposition sur la guerre de 1914-1918, l’an passé, nous avons décidé de poursuivre l’expérience en « faisant plus léger ». Et nous avons lancé la fête aux gâteaux ! » Traduction : Une exposition intitulée « Livres et Délices du Temps passé ».

Dans une salle du Centre d’Art, Annie Girard a groupé des petites merveilles de la littérature culinaire et des éléments du patrimoine familial. Par exemple, deux volumes du « Grand Livre des Pâtisseries et des Confiseries » d’Urbain Dubois, datés 1883-1893. Également des introuvables comme le remarquable livre de Massialot « L’Art de Trancher », daté 1680, et « Le nouveau Cuisinier royal et bourgeois ou Cuisinier Moderne », deux tomes du même auteur. Collectionneur émérite de Montpellier, Jean Maurin est à l’origine de la présentation d’une bonne trentaine d’ouvrages remarquables qui constituent le fond de l’exposition.

S’y ajoutent des figurines, biscuits du XIX° Siècle, d’antiques menus, etc… Côté familial, Annie Girard a installé l’enseigne de la pâtisserie de Jules Hérail, accouplé à un ensemble de moules et d’instruments divers. Une curiosité : Le charreton dans lequel Marinou, l’épouse de Jules, a effectué longtemps les livraisons de la pâtisserie par les rues du village. Touche actuelle : Quelques photographies pâtissières de Cédric Dubray, inspirées des productions du laboratoire de Xavier Flipo.

Cette exposition de l’Amicale du Quartier Haut doit à la mairie de La Salvetat-sur-Agoût d’avoir pu être organisée. Jean-Christophe Mialet s’en est réjoui. Sans cesse à l’affût, avec ses comparses villageois, d’idées neuves pour stimuler les ardeurs locales, Annie Girard entame maintenant une réflexion qui devrait aboutir dans une dizaine de mois. Que ne ferait-elle pas pour soulever quelques montagnes autour d’un village dans lequel, elle et son époux, habitent désormais la maison de Jules et Manou Hérail une partie de l’année !

Texte et photos JMH

Une goutte d’eau pouvant faire déborder le vase des talents

Avec Jean-Louis Ducros, l’art est bien dans tous ses états

 » Vous voyez cette fourmi qui s’abreuve à une goutte d’eau ? » Le regard malicieux de Jean-Louis Ducros nous observe devant l’une de ses dernières œuvres, « Drops » (« Gouttes », en anglais), une toile étonnante sur laquelle une grenouille verte et un lézard des murailles attrapent l’œil alors que s’écoulent d’intenses et précieuses gouttes d’eau comme autant de bulles, à l’effet de relief saisissant. La fourmi ? Ah oui, la fourmi… Il faut plonger au ras de la toile pour la distinguer dressée sous un filet liquide, tendue vers le breuvage salvateur. Elle fait bien rire l’artiste, la fourmi. Elle souligne tout autant son esprit espiègle d’enfant sans âge. Il l’aime bien cette infime partie d’une dense composition. Peut-être souligne-t-elle notre relativité face à l’élément aqueux susceptible, à tout moment, d’engloutir nos petites vies qui, ne maîtrisant rien, croient tout dominer.

« Drops » est présentée parmi quelques dizaines d’autres toiles, toutes créations (et, parfois, révélations) des élèves de l’atelier de peinture et de dessin de l’association salvetoise « L’Art dans tous ses états », exposées durant la première quinzaine de juillet 2015 au Centre d’Art de l’ancienne mairie du village, sur le thème de l’eau. Jean-Louis Ducros en est l’animateur talentueux et bénévole, enseignant actuellement à douze élèves dans la salle des Consuls de l’ancienne mairie de La Salvetat-sur-Agoût (les lundi et mercredi, de 14h30 à 17h00). Il parle chaleureusement de ces élèves-là dont les créations au fusain, à l’aquarelle, à l’huile et à l’acrylique révèlent autant de dispositions prometteuses que de personnalités enthousiastes. Aider à émerger de nouveaux talents, c’est une belle part des plaisirs de Jean-Louis Ducros se définissant lui-même comme un « peintre libre », ouvert à toutes les formes d’inspiration imaginables.

Quand on évoque son parcours, il « fait le modeste ». Il ne s’épanche pas. Regarder derrière lui , ce n’est pas son truc. Bien campé dans son jean’s, solide comme le promontoire qui porte le vieux village de La Salvetat-sur-Agoût, il évoque, en un seul souffle, une situation de professeur honoraire de l’école des Beaux-Arts de Toulouse ayant exposé aux quatre coins de l’Europe. Il se dit Occitan. Çà, c’est une part de sa fierté. Il est artiste

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dans toutes ses fibres, c’est indéniable, et cet état s’affirme dans la douceur de son regard, dans la sensibilité de sa parole et par des attitudes que l’on peut considérer comme bienveillantes. Sans doute Jean-Louis Ducros prend-il la vie comme l’on déguste une bonne bouteille de vin : Avec curiosité, gourmandise et délicatesse.

Texte et photos JMH

Le 1er Café Culture et Découverte

de l’Association « L’Art dans tous ses États »

Le vendredi 22 mai 2015 aura été jour de « première » pour une vingtaine de personnes et trois animateurs de l’Association salvetoise « L’Art dans tous ses États » qui ont inauguré le premier Café Culture et Découverte mensuel organisé dans le village. Un événement, tant il est vrai que ce type de manifestation ne figurait pas encore au programme des rencontres montagnardes.

Un événement dont l’ambition peut se résoudre en un flot de réponses à des interpellations aussi diverses qu’essentielles : Envie d’air pur ? Envie d’échanger, de partager des idées ? Envie d’être davantage acteur(trice) de la vie ? Envie de participer à des évolutions culturelles ? Envie de surprise, d’imprévu ? Envie que ça se passe près de chez soi ?

De quoi nourrir, désormais le dernier vendredi de chaque mois, par des programmes à n’en plus finir. Ce qu’écrivent les animateurs, comme une profession de foi :  » Pour échanger des idées et des façons d’être et de faire, pour partager des coups de cœur, des lectures, des recherches, cultiver la culture au sens le plus large… »  ajoutant que ces aspirations peuvent se concrétiser par des interventions  » allant du jardinage à l’alimentation en passant par les livres et les textes qui nous portent et nous transportent, les arts, les modes de vie, les évolutions sociétales, les pratiques d’avenir, la vie en mouvement. »

Premier thème du 22 mai : « Bien se nourrir pour mieux vivre ». Les participants ont vu et commenté un film documentaire sur les méfaits de l’industrialisation agricole, entendu Tina Romero, jeune Américaine tenant un camion-restaurant à Saint Pons-de-Thomières, évoquer ses pratiques

culinaires à forte connotation « naturelle », Myriam Piccinali, fournir des informations sur la culture conventionnelle de l’olivier, et Jim Ronez, éleveur de vaches de race écossaise Galloway à Signoles, présenter son élevage à l’avenir biologique.

Intermèdes de lectures avec Claudine C.Rubiella donnant lecture d’un chapitre du « Livre des Bonnes Herbes » de Pierre Lieutaghi consacré à l’ortie et à ses vertus, puis avec Jean-Marie de Crozals lisant deux poèmes. L’un, extrait du « Journal » de William Thoreau, l’autre intitulé « Miracle » provenant du recueil « Feuilles d’Automne » de Walt Whitman.

Un Café Culture et Découverte, c’est également l’occasion, pour les participants, de goûter à des boissons, chaudes et froides, et à des confitures naturelles. Personne ne s’est privé.

En l’observant ainsi dans sa globalité et à l’échelle de cette « première », on comprend que ce nouveau type de rencontres salvetoises et montagnardes puisse constituer, désormais, un appel d’air tonique et bienfaisant dans le banal du quotidien. Ce n’est pas simple à organiser, c’est simple d’y participer et c’est particulièrement simple d’en tirer profit en attendant le mois suivant.

Café Culture et Découverte :  Centre d’Art (ancienne mairie) de La Salvetat-sur-Agoût, le dernier vendredi de chaque mois de 18h00 à 20h00. Contacts : Jean-Marie de Crozals tel 04 67 97 78 27 et Myriam Piccinali tel 06 30 90 14 44.

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Trois animateurs : Myriam Piccinali, Jean-Marie de Crozals et Claudine C. Rubiella

Exposition 2013

Exposition 2012

Exposition 2011



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