Poésie sauvage cru 2015

 Animatrice du 2ème Festival d’Été de l’association « L’Art dans tous ses États »

Une équipée sauvage embarque la poésie au fil de l’eau

Sauvage, ce deuxième Festival d’Été de « L’Art dans tous ses États » ? On peut en douter tant sa programmation, sa synchronisation et sa cohérence auront été judicieuses, réfléchies et alertes. Ceux et celles qui se sont auto-proclamés « l’équipée sauvage », c’est-à-dire les principaux coordonnateurs et, parfois, animateurs de l’événement n’ont peut-être finalement eu de sauvage qu’un sourire carnassier au vu des résultats de leurs efforts.

En effet, l’invité d’honneur de ce Festival de la Poésie Sauvage, l’éminent poète-écrivain-éditeur Jean-Gabriel Cosculluela (lire ci-dessous), et le président de l’association organisatrice, Jean-Pierre Blayac, talentueux professeur de musique, expriment une satisfaction bien justifiée. Un programme dense, sans temps morts, un éclectisme des séquences à faire pâlir d’envie quelques réalisateurs chevronnés et une diversité des thèmes proposés estampillent le Festival d’un tampon « succès ».

Route de montagne

Cependant, tout succès est rarement global, ce que souligne une remarque de Jean-Christophe Mialet, premier adjoint au maire de La Salvetat-sur-Agoût, entre autres en charge de la culture, l’un des créateurs de l’association « L’Art dans tous ses États » : « Voilà qui est particulièrement réjouissant d’offrir un tel et bel événement culturel à notre village. Un événement de si haute volée qu’il est passé, pour bonne part, au-dessus de la tête d’habitants non préparés à vivre des moments d’une telle intensité artistique… » Une réflexion à mûrir pour que, demain, pareil Festival s’installe davantage au mitan de la montagne et, ainsi, puisse certainement allécher les populations locales.

La route est ouverte vers 2016. Une voie bordée par les coquelicots et les marguerites de talus au creux desquels on a déjà hâte de se blottir afin d’être bien là pour, entre deux corolles et trois étamines, regarder passer l’intense et dense caravane des balades, rencontres, lectures, danses, concerts et films avant de bondir là, quelque part dans une parenthèse, pour vivre et danser la joie, la liberté et l’ouverture des esprits.

Heureuses présences

Merci à Jean-Philippe Seuvenel, vibrion à l’humour ravageur, maître de l’enseignement du chant vital. Merci à Anne-Cécile Deliaud, superbe danseuse butô, pour une suspension du temps offerte par la maîtrise du geste. Merci à Delphine Chomel dont le violon, accompagnateur attentif et juste, a été le séduisant prolongement. Merci à Pascale Scarabin dont la voix, un soir, a projeté l’émotion et l’admiration jusqu’aux étoiles. Merci à Françoise Philidet, généreuse et délicate conteuse de nos plus parfaites amies, les plantes. Merci à François Négret qui, s’il crève parfois l’écran, est également un redoutable lecteur. Merci à Claudine Rubiella, agréable conteuse des mystères de l’eau. Merci aux « Orpailleuses gardoises » dont l’une des lectrices, Caroline Fouchac, est lauréate du concours de poésie 2015 en Hautes Terres d’Oc (lien vers son poème ci-dessous). Et, surtout, merci aux élèves de l’école d’Olargues, Linda, Axelle et Darius, dont l’inventivité précoce augure des lendemains plutôt pittoresques.

Une mention très spéciale aux Youngfields, ces deux familles de concertistes venues, de Cambridge et de Londres, sous les voûtes de l’église paroissiale du village (lien vers le programme du concert ci-dessous), nous offrir une autre beauté, intemporelle. Celle de la musique.

Merci à toutes et à tous. Merci aux membres de « l’équipée sauvage » auxquels nous devons les joies et les émotions partagées.

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Jean-Pierre Blayac, président le "L'Art dans tous ses Etats"
 L’équipée sauvage

Une équipée qui, en fait, est constituée par une véritable équipe d’organisateurs aussi poètes que joyeux lurons. Il s’agit de :

Jean-Marie de Crozals, Claudine Rubiella, Sandra Martinez-Dao, Alain Désir, Diane Werneburg-Irion et Myriam Piccinali.

Direction artistique du festival

Jean-Marie de Crozals  jm2crozals@orange.fr

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Jean-Marie de Crozals, chef de file de "L'Equipée Sauvage"

 Nos poètes publient…

Conjointement à l’édition 2015 du Festival de Poésie Sauvage, Myriam Piccinali, l’une des membres de « l’équipée sauvage », publie un recueil de poésies au titre évocateur : DEMODOCOS, du nom de l’aède inventé par Homère qui, dans l’Iliade, chante les hauts faits des héros.

Le projet de recueil est celui-ci (épigraphe de l’auteur):

« Comment mieux dire qu’à travers la figure de l’aède Démodocos, invité à la table d’Alcinoos pour chanter les hauts faits d’armes des héros de la guerre de Troie, la part festive de la poésie?

« Toute parole poétique est chargée de la dimension sacrée que les poètes grecs ont insufflée à leurs textes, car ils savaient bien, eux, combien tout partage comble le besoin infini de l’homme de se regarder dans le regard de l’autre, pour y trouver sa part la plus infime et méconnue d’humanité. »

Enseignante en Lettres Classiques, Myriam Piccinali a réécrit librement un passage de l’Iliade (la mort de Patrocle) inséré dans le banquet chez Alcinoos (Odyssée) et placé en convergence avec des textes poétiques personnels.

DEMODOCOS est paru aux Éditions des Monteils, gravures et édition de Marc Granier. Prix 100€.
30440-Roquedur le Bas  tel 06 22 47 32 77  site Internet peintre-graveur.fr

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L’invité d’honneur du Festival de Poésie Sauvage

Jean-Gabriel Cosculluela

un sculpteur de mots

épris de silence

La densité du programme du Festival ne nous ayant pas permis un aparté avec l’invité d’honneur de ces trois jours, Jean-Gabriel Cosculluela, nous avons pu, l’un et l’autre, grâce à ses extrêmes patience et gentillesse, nous entretenir par téléphone. Lui, depuis sa maison de Haute Ardèche, moi, depuis notre montagne du Haut Languedoc. D’une hauteur à l’autre, un heureux partage.

En quelques mots, quel a été votre cheminement vers la poésie ?

Des événements se sont produits dans mon existence qui ont provoqué un choc. Ce choc m’a conduit vers l’écriture.

Ensuite, quand vous commencez à écrire, vous allez à la découverte de l’écriture, l’outil que vous utilisez. Vous évoluez alors vers l’intensité de cette écriture.

Le réel est un lieu très matériel. L’écriture poétique part de ce réel qu’elle creuse et transforme. La poésie n’a pas d’image qui corresponde à la réalité tangible, elle tend à l’irrationnel.

Quand on vous lit, on est surpris par votre attachement au silence.

Oui, souvent. Le regard que je porte sur les lieux inhabités du Haut Aragon,

par exemple, ou sur des œuvres de peintres, de photographes, de sculpteurs, a nécessairement besoin de silence pour exprimer quelque chose. Un ami poète, José Angel Valente, l’un des principaux écrivains espagnols du XX° Siècle, a dit, en substance : « Écrire, c’est composer le silence et s’il n’est pas là, ce n’est rien »… Effectivement, dès lors que le regard se prolonge par l’écriture, celle-ci compose le silence.

Le silence permet de dégager l’écriture dans l’espace et dans le temps. Le silence est également un lieu où viennent se retrouver le lecteur ou l’auditeur. On ne peut pas écrire sans arrêt et ne faire que du bruit, cela devient inaudible !…

Votre relation à Pierre Soulages, le peintre du Noir, relève-t-elle de la même approche ?

Complètement. Dans sa peinture, on croit qu’il n’y a rien. On croit qu’elle ne dit rien. Elle est simplement silencieuse mais ne se tait pas. La peinture de Pierre Soulages demande que l’on s’arrête, qu’on oblige le regard à lui accorder davantage d’attention : elle accueille la lumière et travaille avec elle. L’intensité, soit vous ne la voyez pas, soit vous travaillez avec.

L’écriture est comme la peinture, la photographie ou toute autre forme d’art. Elle n’est pas déliée de la vie. Elle est au cœur de la vie. L’écrivain et philosophe Roger Laporte a su exprimer cette intensité : « …Je vis au moment où j’écris et je ne vis que là, j’écris au moment où je vis et je n’écris que là… »

Je pense que la pratique de l’art se confond avec la vie sans l’imiter avec faiblesse. Pour faire le lien avec la peinture abstraite, la poésie, comme cette peinture même, n’est pas un épanchement affadi mais plutôt intense sur l’existence.

Vous venez de participer au deuxième Festival d’Été de Poésie Sauvage de La Salvetat-sur-Agoût. Qu’en reste-t-il pour vous ?

C’est la première fois que j’aurai été l’invité principal d’un tel événement et cela m’a beaucoup touché. J’y ai rencontré différentes formes des expressions artistique et poétique telles que la danse, le chant, la musique, l’édition… J’y ai également retrouvé l’écriture et les mots…

Et puis, j’ai été séduit par le village lui-même. J’avais souvent entendu parler de La Salvetat-sur-Agoût sans y être venu. En descendant de la route de Saint Pons-de-Thomières, j’ai découvert un paysage saisissant, un lieu vibrant d’une certaine intensité. Le village et son bâti font une continuité avec le paysage. Le regard ne peut pas rester neutre.

Je me suis rendu compte, principalement lors de mes premières lectures au Centre d’Art, que j’ai été en présence de personnes que je n’ai pas l’habitude de voir, des gens non habitués à entendre lire de la poésie. C’est important !

J’ai également vu venir à moi un couple m’apportant mon premier ouvrage, « L’Affouillé », et entendre l’un et l’autre me dire : «  Voilà un livre que nous venons d’acheter et que nous souhaiterions vous voir dédicacer. Nous l’avons acheté pour une seule phrase que nous voulons conserver… »

Cette phrase : « La terre se baisse jusqu’aux mots des morts. » leur avait parlé.

Recueilli par Jean-Marie Hulbach

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Sous les voûtes romanes de la chapelle St Etienne de Cavall, Jean-Gabriel Cosculluela évoque les Noirs de Pierre Soulages
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Jean-Gabriel Cosculluela en conversation avec Jean-Pierre Blayac, président de l'association "L'Art dans tous ses Etats", et Annie Girard, animatrice de l'amicale du Quartier Haut du village

 Un Festival de la Poésie Sauvage dense et colorié

Images de spectacles et d’atmosphères




Images glanées sur le marché du festival



Images saisies côté public



Images recueillies côté organisateurs


Textes, photos et vidéo JMH

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