Somme culturelle et esthétique

Le 3ème Festival de Poésie sauvage

Jean-Pierre Blayac l’a dit, le 28 août, en clôture à trois journées festivalières intenses : « … La poésie est dans notre vie et dans notre cœur… » Émise par le président de l’association « L’Art dans tous ses États » qui chapeaute l’événement, l’affirmation peut valoir estampillage pour le village de La Salvetat-sur-Agoût. Troisième édition de ce type d’événement estival, le Festival de Poésie sauvage édition 2016 a, en effet et sans conteste, marqué les esprits de dizaines de festivaliers régionaux et locaux.

À cela, quelques raisons. D’abord, la densité d’un programme particulièrement fourni, sans temps mort. Ensuite, la diversité des animations (danse, conte, musique, lectures, concerts, cinéma, exposition). Enfin, la singularité d’une soirée, celle du samedi 27 août, qui a permis, aux Salvetois comme aux festivaliers, de s’ouvrir tant aux joies du partage culturel qu’aux plaisirs esthétiques.

Difficile, ici, d’imposer un détail des performances et des prestations assurées tant le planning des 26-27-28 août s’est révélé dense, intense et éclectique. Sans rien souligner davantage que la soirée du samedi, restons dans une vision d’ensemble permettant d’éviter l’écueil des oublis ou des restrictions. Replions-nous vers le programme édité par les organisateurs, un parfait condensé d’informations et de détails.

> télécharger le programme complet du 3ème Festival de Poésie sauvage

Chapeau bas devant les organisateurs, unis dans « L’Équipée Sauvage » : Claudine Rubiella, Myriam Piccinali, Sandra Martinez-Dao, Alain Désir, Diane Werneburg-Irion et Pascal Dupouy. Direction artistique conduite par Jean-Marie de Crozals.

Note : Comme l’an passé pour l’agréable Jean-Gabriel Cosculluela, nous aurions aimé pouvoir publier une interview de l’invitée d’honneur de ce festival, Sylvie Fabre G. Cette interview ne nous a pas été accordée…

Images-spectacles de trois journées festivalières

Vendredi…



Samedi…





Dimanche…


photos JMH

Poésie messagère

Il n’est pas aisé, depuis une esplanade ou un haut de village, de suivre le vol d’un poète tant il passe haut dans le ciel. Il n’est pas commode de pouvoir l’observer au simple détour d’un nuage quand, d’un coup d’ailes, il échappe, malgré notre acuité, au courant trompeur d’une virgule ou d’un point que l’on n’a pas vu contourner la nuée. Car la poésie n’est pas simple, loin s’en faut. Faudrait-il, pour autant, lui tourner le dos sous le fallacieux prétexte qu’elle paraît être seulement affaire d’érudition et que ce mot, érudition, puisqu’il sonne bizarrement sous le dôme de notre crâne devrait en être expulsé ? Et le ciel ? Et le nuage ? La pointe de nos chaussures, seulement la pointe de nos chaussures mériterait-elle une unique attention ?

Une poignée de poètes, de compagnes et de compagnons de tous les arts, ont organisé puis animé, du 26 au 28 août 2016, le troisième Festival de Poésie sauvage de La Salvetat-sur-Agoût, contribuant non pas à transformer, le temps d’un week-end, le village en piste d’atterrissage pour poète en mal de carburant mais à l’imposer, phénomène inverse, comme piste d’envol pour une profonde et séduisante beauté de l’écriture, de tendres et complices accompagnements musical et chorégraphique, flanqués d’un élégant support imagé.

Ainsi le troisième Festival de Poésie sauvage a-t-il permis à ce village de se donner des ailes pour s’en aller affirmer, bien au-delà des crêtes du Haut Languedoc, que, là, l’ouverture au monde sait se parer d’enviables joyaux. De ceux taillés dans le cristal de nos regards, de nos pensées et de nos espérances. Dont la poésie est un sûr messager.

JMH

bandeausoir1900x800

 Primus Tempus, le sceau de cinquante ans

« Au-dessus du vide les mots en cordée

À mon épaule, le vent »

extrait de « Calme aimant du monde »

« Chaque fois que je compose, je vis ma poésie comme une première fois. C’est une façon de vivre à laquelle je tiens… » En 2016, Jean-Marie de Crozals est entré dans la cinquantième année d’un ardent travail d’écriture. Pour le poète, acteur inspiré et dynamique de la vue culturelle salvetoise, un jubilé qui sera commémoré au long des mois. Par l’esprit, par les rencontres et le partage, par la performance. Première marque : l’édition de Primus Tempus, disque CD de lectures extraites d’une somme poétique, florilège de cinquante ans d’écriture aux vibrations spatiales.

Vivre au naturel par la poésie

« J’ai écrit mon premier poème en 1966. Sur les fleurs. Et je n’ai pas varié. Depuis l’enfance, j’entretiens un contact fusionnel avec la nature. Je suis « ma nature » et ma nature, c’est la nature. Une réelle symbiose existe entre nous. Ma poésie s’ancre, s’enracine dans cette

Festival poésie sauvage 2016. Jean-Marie de Crozals Primus Tempus

nature. J’écris du côté de la métaphore, de l’émotion. Ma manière de vivre est résumée là. Chaque matin, je remets mon existence en jeu. C’est chaque fois le premier temps, inscrit dans le cycle perpétuel de l’évolution. »

Jean-Marie de Crozals revendique un mode de vie « sauvage », au sens primitif du mot : qui vit en liberté dans son milieu naturel. Isolée quelque part en lisière de forêt et tournée vers le Sud, une solide maison en pierres comme l’on en construisait encore voici un siècle l’a accueilli. Il s’y trouve bien. Là, son milieu naturel ce sont les arbres et les fleurs, l’herbe et le silence. Ce qu’il faut sans doute pour pouvoir penser et écrire, pour pouvoir composer et s’épanouir.

Passeur de poésie en festivals

Le chemin jusqu’à la maison de pierres a été, tel chaque vie, pavé d’étapes et d’événements : « Mon premier poème de 1966 a été composé dans le château de La Tour à Montady. L’influence de la bibliothèque de ma mère. De 1979 jusqu’en 2001, j’ai été libraire, travaillant au « Maître Soldeur », une librairie indépendante de Montpellier dans laquelle j’ai côtoyé nombre d’artistes, écrivains, maîtres de ballets et peintres régionaux. La libraire ayant fermé ses portes, je suis ensuite allé dans le Gard, à Valleraugue. »

Se revendiquant passeur de poèmes, Jean-Marie de Crozals devient alors organisateur de festivals de poésies. Festivals du « Vivre l’Art ensemble », de 2002 à 2012, dans lesquels les thèmes se succèdent : celtique, féminin, orientaux (Chine, Japon…). Trois ans à Lodève et y voit le jour un festival de la « Poésie courtoise »… Maintenant, depuis deux ans, La Salvetat-sur-Agoût connaît le festival de la « Poésie sauvage ». Jean-Marie de Crozals explique cette sorte de boulimie organisationnelle : « Passeur de poèmes, je passe ma passion, l’essentiel de mon existence, et la mise en place de festivals représente, pour moi, l’une des meilleures façons de faire. »

La brièveté ciselée de l’haïku

Le poète ne s’est pas installé à la proximité de La Salvetat-sur-Agoût sans raison : « J’y venais souvent du temps où mon oncle, Maurice de Crozals, était maire du village. J’allais à la pêche, je profitais d’une nature généreuse… Reviendrais-je sur mes pas en m’installant ici ? Peut-être… » L’isolement géographique entretient une capacité créatrice qui a fait naître, chez Jean-Marie de Crozals, l’idée de transmettre, de « faire passer » sa poésie par le son en inventant Primus Tempus.

« Le titre latin de ce disque veut dire « première fois ». Or, à chaque écriture, je vis ma création comme une première fois. Je remets ma vie en jeu. Quoi donc, me concernant, de plus révélateur et authentique que ce titre ? En termes de temps, de durée en écriture, il souligne également mon intérêt pour la forme brève de l’« haïku »* japonais que j’ai découvert en me rendant quelques fois en Orient. Roberto Juarros, un poète argentin, le définit très bien ainsi : « Ma poésie, c’est la fidélité à l’éclair ». Primus Tempus est une suite logique, inscrite dans le temps, à l’écriture. »

Le disque de Jean-Marie de Crozals a été enregistré dans un studio de Pézenas, au mois de mai 2015. Toute une aventure : « Il s’agit donc d’une anthologie sonore, la reprise de poèmes figurant dans la bonne douzaine de livres qui jalonnent mes cinquante années de poésie. J’avais fait préalablement des choix mais, quand je me suis trouvé devant un micro, j’ai tout bonnement improvisé… Et dit des textes dont certains n’avaient pas été sélectionnés… Le tout en une seule prise ! » Il convient de souligner que très peu de poètes se lancent dans une telle entreprise. Une entreprise dans laquelle Jean-Marie de Crozals n’est pas qu’interprète de ses propres œuvres mais en est également le producteur.

Un producteur bien entouré quand l’amitié s’insinue dans la réalisation : Pierre Diaz pour la direction artistique, Jean-Marc Barrier pour le graphisme et la photographie. « Merci à tous les artistes et les techniciens qui m’ont accompagné dans la réalisation de ce disque, qui célèbre aussi mes 50 ans d’écriture, et à l’extase qui est au détour des mots, des sons et du souffle » écrit-il sur la pochette de Primus Tempus, disque dont il est très fier et qui, selon lui mais sait-on jamais, devrait être unique.

Texte et montage photo JMH

* Il s’agit d’un petit poème extrêmement bref visant à dire et célébrer l’évanescence des choses. Les haïkus ne sont connus en Occident que depuis le tout début du XX° Siècle. Les écrivains occidentaux ont alors tenté de s’inspirer de cette forme de poésie brève. La plupart du temps, ils ont choisi de transposer le haïku japonais, qui s’écrivait sur une seule colonne sous la forme d’un de trois vers de 5, 7 et 5 syllabes pour les haïkus occidentaux. Quand on compose un haïku en français, on remplace en général les mores par des syllabes. Cependant, une syllabe française peut contenir jusqu’à trois mores, ce qui engendre des poèmes irréguliers.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ha%C3%AFku

sectionun1900x800